Le blog change !

J’installe dorénavant une redirection de ce site vers mon nouveau blog : solomai.com. Si toutefois vous arrivez ici, d’une part contactez-moi pour me dire comment vous avez fait, et d’autre part vous retrouverez tous les articles (les nouveaux donc) de manière plus simple.

Merci de m’avoir suivi jusque ici !

Le dernier pour la route !

Si vous voulez lire à partir du début, cliquez ici !

Un an.

Un an jour pour jour, j’étais dans cet avion, le cœur emporté par cette soif d’aventure, de nouveau; absolument incroyable, débordante, enivrante, qui hantait mes rêves depuis des années. Cette soif d’ailleurs. Cette soif de différence.

Un an depuis le début de ce voyage, qui, pour six mois au moins, m’a appris, fait connaître, fait comprendre plus de choses que n’importe quoi auparavant.

Comment décrire cette année ? Comment pourrais-je mettre des mots sur une chose si incroyable ? Le dois-je ? Je ne sais pas. Ce n’est de toutes façons pas clair même pour moi, et je doute qu’il soit possible de décrire avec des mots cette sensation…

Alors que je ne cherchais qu’à changer de mode de vie pour un temps et découvrir une autre partie du monde, je me suis trouvé, moi. Et c’est sûrement une des meilleures choses qui me soient arrivées. C’est ça qu’apporte un tel voyage : une vision différente des choses, du monde.

Et comme tout doit avoir une fin, aujourd’hui, et un an après le début de cette magnifique aventure, je mets un point final à ce blog. Mais je ne pourrais pas le faire sans citer quelques personnes sans qui rien n’aurait été pareil :

Premièrement, le site PVTistes.net et sa communauté, et en particulier Cédric alias Quertu; sans qui rien n’aurait été possible. Grâce à eux j’ai découvert le principe du PVT, grâce à eux j’ai pu tout organiser du voyage aux assurances, sans oublier leurs quelques conseils pour les jobs ou les lieux à voir absolument, ou voir parce qu’il faut y être.

Ensuite, tous mes amis de route, Janick, Hiroto, et la multitude d’autres sans qui, bien évidemment, ce voyage n’aurait pas eu la même saveur, sur la route comme au boulot, ou pendant les moments de doute, et sans qui je n’aurais pas ces souvenirs magnifiques de tant de randonnées.

Je tiens à remercier aussi mes amis et ma famille, pour leur soutien dans mon projet, et leur intérêt dans ma quête jour après jour. Et bien sûr, plus que n’importe qui, mes parents qui m’ont laissé partir et m’ont donné les moyens de vivre mon rêve ! Z’êtes géniaux !

Et enfin, je vous remercie tous, vous, lecteurs de passage ou intéressés de toujours, qui m’avez donné l’envie d’écrire chaque jour, et sans qui ce blog ne serait pas ce qu’il est. Vous êtes aujourd’hui plus de 6,000 à être venus lire mes aventures, et je vous suis infiniment reconnaissant d’avoir donné un sens à mes écrits !

En mot de fin, je donnerai un conseil à tous ceux qui viennent ici en quête d’inspiration pour un long voyage, quelle que soit sa destination, quelle que soit sa durée, quel que soit votre âge : n’hésitez pas, jamais. C’est une expérience à vivre un jour, et uniquement des bonnes choses peuvent en découler. La sensation de liberté totale, la vie au jour le jour, c’est quelque chose d’incroyable, quelque chose que n’importe qui devrait ressentir au moins une fois dans sa vie. C’est la plus belle école du monde. La seule mauvaise chose qui pourrait en découler serait d’attraper le virus du voyage.

Hélas pour moi, j’ai été piqué.

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Ce n’est pas la fin.

Ultime étape – Épisode 4

Comme tout a une fin, il me fallait quitter ce merveilleux endroit que le Cap Reinga.

Et, heureusement, nombre de personnes viennent admirer cette incroyable création de la nature au matin, ce qui m’a permis de rapidement trouver quelqu’un pour m’amener tout en bas de la péninsule, un homme un peu hippie venant du Canada pour sa quête spirituelle.

Bifurquant à gauche, je devais continuer par mes propres moyens, ce qui ne s’est pas avéré si difficile que ça. Un type plutôt sympa s’est fait un devoir de m’amener à ma destination, à quelques 20km plus au Sud que la sienne, en prenant le temps de me montrer des lieux incontournables, que j’aurais sûrement ratés autrement.

Et en effet, il est toujours amusant de voir la plus vieille maison du pays, à Kerikeri, datant de quelques 200 ans environ, et par conséquent étant sûrement plus récente que celle où je vis.

Puis, arrivée à Pahia, et la Bay of Islands. La Queenstown du Northland, avec sa proportion de magasins de souvenirs et d’activité presque trop élevés. Mais enfin bon, c’est assez joli, il faut le dire.

Après avoir chaleureusement remercié le conducteur, qui m’avait déposé dans mon auberge de jeunesse presque trop propre, je regarde ce qu’il y a à faire dans la région. Une fois n’est pas coutume, on a le droit de payer, et on me déconseille de marcher vers les chutes d’eau du coin, pourtant réputées dans la région. Et en effet, on lit sur le Lonely Planet que ces chutes sont le « Paris Hilton des chutes d’eau : pas très jolies ni utiles, mais énormément prises en photo ». Intéressant !

Ne reste dans la région que Russel, petite ville accessible par ferry, de l’autre côté de la baie. Le jour où j’ai finalement décidé d’y aller sera le Anzac day, commémoration des soldats Australiens et Néo-Zélandais morts pendant les deux guerres mondiales.

A peine ai-je posé le pied hors du ferry qu’une longue procession menée par quelques musiciens lançant une mélodie aux sonorité irlandaises passe devant moi. Intriguant. Je les suit.

Un 11 novembre de l’hémisphère Sud, peut-être en plus solennel.

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Ça en fait des drapeaux…

Et c’est ainsi que je visite le centre-ville en compagnie d’une centaine d’autres personnes, s’arrêtant devant les lieux de commémoration importants. Puis, une heure plus tard, le groupe se disloque, l’évènement prend fin.

Je quitte alors le centre-ville pour me balader un peu. C’est alors que je vois la plage, vers l’entrée de la baie. Pas de chemin, donc personne.

Et en effet, ce n’est pas la plage la plus simple à parcourir, couverte de gros blocs de roches érodés où s’accrochent des jeunes huîtres par milliers. Sautant de bloc en bloc, je regarde le paysage qui se dessine devant et derrière moi. Et ce n’est pas sans me rappeler l’Abel Tasman, en moins touffu, plus rocailleux, et un peu plus terne.

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Et pourtant elle est froide...

Et pourtant elle est froide…

Et je continue mon chemin, slalomant entre les rochers hérissés de pointes, jusqu’à atteindre une magnifique plage, ne laissant d’ailleurs pas aller plus loin. Je m’y poses deux minutes, et la réalité me prend directement aux tripes : cet endroit est le dernier de Nouvelle-Zélande que j’explore. Mélange de sentiments indescriptible, excitation, tristesse, peur, et joie au même moment. Un mix désagréable qui m’aura d’ailleurs suivi depuis ce moment jusqu’à Singapour.

Autant avant de partir, je ne me sentais pas si concerné que ça, autant maintenant, je suis déchiré entre la joie de tout retrouver, et la peur de tout perdre, surtout ce mode de vie que j’aime tant, et la sensation de liberté totale qu’on en tire.

C’est avec ces pensées me suivant que je reviens vers la mer et mon auberge de jeunesse.

Le lendemain, ne trouvant pas de spot potable pour repartir vers la capitale, je dois marcher, moi et mes sacs à dos, pendant une petite heure, jusqu’à trouver un point sympa. Et il s’avéra que ce point était mon tout dernier spot de hitchhike en NZ.

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Si c’est le dernier, autant qu’il soit joli.

Un couple s’arrête, me proposant un ride direct vers Auckland. Étonné, je monte dans la voiture, et on commence à me parler en français. Mince, mon accent est si repérable que ça ??

Après une petite discussion, j’apprends que la femme est originaire du Sud de la France et immigrée depuis une dizaine d’années au pays des kiwis, et son mari est autochtone, mais parle lui aussi relativement bien français.

Puis, arrivée à Auckland, et retour dans mon premier backpacker, l’Oaklands lodge. Des têtes connues reviennent de partout. Visiblement, les gens aiment rester dans cet endroit. Retour au downtown, sur la Queen Street, et dans les environs. De vieux souvenirs reviennent, tous bons. En parlant de bon, c’est d’ailleurs au dernier moment possible que je choisis de tester la chaîne de fast-food de Nouvelle-Zélande, le Burger Fuel. Pas donné, certes, mais… Gigantesque, et efficace. Il en faudrait définitivement plus, des fast-food comme ça…!

Et le dernier soir vient. Avec une française fraîchement arrivée, nous décidons de monter en haut du Mont Eden, et admirer la vue pendant la nuit. D’autres souvenirs qui reviennent. Sauf que dans mes souvenirs, j’étais seul en haut, et le parking n’était pas plein. Enfin…

C’est d’ici que je peux une dernière fois observer la ville où tout à commencé, et où tout se terminait. Dans ce lieu qui m’est finalement cher, pour de nombreuses raisons. Et puis, le soir tombe, il faut redescendre.

Et partir.

Au matin, je prends l’avion, direction Singapour, pour une semaine environ.

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Ma dernière vue sur Auckland…

Farewell, New Zealand.

Ce jour où j’ai touché le Nord… – Épisode 3

Ahipara, un petit paradis au coin d’une plage, ne m’aura accueillie que peu de temps, puisque mon but direct, le dernier magnifique endroit que je comptais voir (ou l’avant dernier selon les goûts) n’était autre que le Cap Reinga, pas vraiment la pointe Nord, mais pas loin, considérée par les Maoris comme le lieu où l’âme d’une personne venant de mourir s’en va vers l’Au-delà.

Et par les touristes comme un lieu d’exception. Bon.

Je commence ma route, confiant, trouve un lift, puis deux, trois, quatre… Pour un total de quelques 50km. Plus que 60 ou 70 km restants. Sûrement pas la meilleure journée pour le stop, vu les trombes d’eau s’étant abattues sur la région juste avant. C’est vers 18h qu’un gars très sympa m’emmène directement sur place, qui n’était pourtant pas sa destination. Et c’était aussi ma dernière chance d’atteindre l’endroit.

Il me laisse sur le parking. Quelques secondes passent, et d’un coup la réalité me frappe violemment : mais qu’est-ce que je fous là, et comment je sors de là ? Plus une voiture sur le parking, et camping alentour interdit.

Je tourne en rond, avec mes deux sacs, réfléchissant à une solution. Qui ne vient pas. Et en plus j’ai paumé ma gourde en chemin. Ô joie.

Et d’un coup, venant d’on ne sait où, un gars d’à peu près mon âge surgit près du panneau d’information. Lui était en train de faire le Coastal Track, une marche de quelques jours sur l’extrémité Nord de l’île. Et il s’est avéré que, contrairement à ce que je pensais, le camping était autorisé à quelques 500 mètres de toute route.

Et c’est ainsi que, 500 mètres plus bas, sur le chemin, nous nous installions très peu confortablement, il faut le dire, pour passer une nuit dans ce qui est pour moi l’endroit le plus dingue qu’il soit.

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Pas d’arbres, on fait avec.

Puis on attend, silencieux, regardant l’incroyable spectacle se mettant en place devant nous. Des nuages relativement petits déversant des trombes d’eau sur la mer (et sur nous) se déplacent rapidement tandis que derrière, le soleil se couche dans un magnifique flamboiement.

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On a trouvé pire, comme vue.

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Vraiment pire.

La nuit tombant, je sors mon petit réchaud, et fait cuire quelques noodles pour mon compagnon et moi, et puis tiens, pourquoi pas les crackers avec le beurre, tant que je les ai sur moi, ce qui fut apparemment génial pour Marco (c’est son nom, et je vous laisse deviner sa nationalité. Indice : ce n’est ni du Sud de l’Europe, ni d’Amérique.), qui ne mangeait que des toasts avec du beurre de cacahuète et quelques concombres en conserve depuis deux jours. Pas simple le camping sauvage, pas simple !

Alors que la nuit nous encerclait, et seule la lune projetait les ombres indéfinies des collines et plantes alentours sur le sol, un petit bruit attira notre attention. Un opossum visiblement intéressé par notre campement quelque peu étrange vint nous rendre visite. Je sais que certains, depuis l’article de ma première nuit, voulaient absolument une photo d’opossum, mais c’était sans compter le fait que ça court vite, ces bestioles…!

Et, au dodo.

Mauvaise nuit, voir très mauvaise : je ne pensais pas que la pente sur laquelle j’avais fixée mon hamac, et placé mon matelas en-dessous, serait suffisante pour me faire glisser. Et ainsi, j’ai passé toute ma nuit à essayer de trouver une position dans laquelle je pouvais dormir sans me réveiller un mètre plus bas, chose qui s’est avérée plutôt difficile.

Au réveil, alors que le ciel n’était pas encore teinté des premières lueurs de l’aube, nous décidâmes de descendre près du phare, point le plus avancé du Cap, pour admirer le lever de l’astre solaire. Une poignée de jeunes asiatiques étaient déjà sur place, avec visiblement le même projet que nous.

Après un quart d’heure d’attente, environ, le soleil daigna enfin pointer ses premiers rayons, derrière quelques bas nuages, créant encore une fois des reflets absolument magnifiques sur toute la région.

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Rien que ça valait le coup de monter au Cap.

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Où suis-je ?

Puis, le spectacle terminé, nous prenons un rapide petit déjeuner, et remontons tout en haut, vers le parking.

Et c’est à cet endroit exactement qu’une des choses les plus incroyables que je n’avais jamais vu s’est produite devant mes yeux. Je suis resté planté là, regardant cette vue incroyable, et tellement bizarre, pendant quelques minutes, avant qu’elle ne s’évanouisse d’elle-même.

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Joli, hein ?

Après avoir remballé tout le matériel de camping, et dit au revoir et merci à ce compagnon de passage, je retournais sur le parking, la tête encore paumée dans les souvenirs, et, quelques temps plus tard, un homme quelque peut étrange m’offrait un ride jusqu’en bas de la péninsule.

Dernière destination : Pahiha et la Bay of Islands !

Encore plus au Nord – Épisode 2

Tiens, d’abord, pourquoi appeler épisodes cette série d’articles traitant du Northland ? Ma réponse est tout simplement que c’est la première fois que j’ai réellement un temps imparti pour explorer un endroit. Et rester coincé à Mangawhai n’était pas forcément pour arranger les choses.

Retour à l’intéressant.

De Rawene, direction le ferry, qui m’emmène de l’autre côté pour la modique somme de $2. On sent qu’on est loin, trèèès loin d’un lieu vraiment touristique…

Bon, à ce qu’il paraît, c’est pas la joie de l’autre côté, niveau activité. C’est avec soulagement que j’entends un gars me proposer un ride, histoire de m’avancer. J’aurais pu continuer avec lui vers la State Highway 1, mais j’avais envie de voir du pays et rester loin du « grand » axe. C’est donc dans un énième milieu de nulle part (et quel milieu de nulle part !) que j’attends, tranquillement, avec mon harmonica, LA voiture. Personne, du moins, pas vers moi. Mes chances reposent sur l’arrivée du ferry, c’est à dire une fois par heure environ. 5 voitures, une fois par heure. Dont 4 prendront la direction de l’axe principal. Comme milieu de nulle part, celui-là est assez gratiné.

Puis, au bout d’un temps que je ne compte plus, par peur d’être démoralisé, un gars en pick-up m’offre un ride vers un peu plus loin, sans pour autant me sortir de là.

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Des fermes et de l’herbe, et des vaches. Me rappelle quelque chose…

Et c’est là en plein soleil qu’une fois de plus j’attends, et attends, et attends, et regarde tous ces gens aller dans l’autre sens en me faisant des sourire d’encouragement. Mouais… Pendant ce temps, je continue à essayer de photographier cet étrange nid d’araignées. Tellement absorbé par mon activité, je laisse passer une voiture sans même y penser. Une chose à la fois…

Puis quelqu’un s’arrête enfin, et m’emmène jusqu’à Ahipara. Ça m’aura au final pris environ 4 heures, un score plutôt honorable.

Direction cette auberge de jeunesse dont on m’avait vanté les mérites quelques fois, l' »Endless Summer Lodge », ou l' »été sans fin ». Sceptique, on a le droit de l’être. Du moins, les premières minutes. On comprend vite le nom. Au pied de la plage, disposant de nombreux jeux en tous genre, de location de planches de surf, et d’une ambiance archi détendue, ce backpacker est VRAIMENT un endroit que l’automne n’inquiète même pas.

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Des vacances ? Non, jamais…

Puis tiens, tant que j’y suis, pourquoi ne pas prendre aussi des leçons de surf ? Une suffit, en fait.

Sur le papier, rien de compliqué, juste une séquence de mouvements à exécuter dans un certain ordre, et on est partis.

En pratique, mes bras n’ont pas vraiment apprécié la chose, ce qui a rendu la leçon vraiment frustrante : voir tous les autres gars de la leçon y arriver quand toute mon énergie avait disparue on ne sait où, m’empêchant ainsi de me lever, ça n’est pas forcément génial. Et bonjour les douleurs dans les deux jours qui ont suivi. Bref…

Après ces deux jours de détente absolue (et, il faut l’avouer, ces gens qui m’offraient de la nourriture parce que « manger que des pâtes ça le fait pas », c’était assez… Étrange. Amusant d’un côté, mais se faire prendre en pitié parce qu’on aime les pâtes c’est parfois difficile. Bah quoi, c’est bon, les pâtes.), il fallait repartir. Encore vers le Nord. Beaucoup plus au Nord. Tellement au Nord, que pour aller plus haut, il faut sortir du pays. Le cap Reinga.

Vers le Nord ! – Épisode 1

Finie, l’île du Sud, finie.

C’était en arrivant à Wellington que j’avais entendu parler de ce petit bout de pays casé tout au Nord, au-dessus de la ville d’Auckland, et nommé avec originalité le Northland. Étant arrivé tout au Sud de l’île du Nord, c’était avec étonnement que j’avais songé : « mince, je crois avoir loupé quelque chose ». Et c’est aussi à ce moment que je m’étais dit que, quoi que je fasse, mon voyage se terminerait dans cette région.

Après les joies des récoltes à Blenheim, puis la déception de Kaikoura sous la pluie, c’est à Christchurch que mon aller sans retour vers Auckland m’attendait.

Retour dans la ville où tout a commencé, dans le quartier où tout a commencé, et… Non, le backpacker où tout a commencé était complet. Mince.

Deux jours du côté de Mont Eden, essayant de planifier la façon dont j’allais bouger pour pouvoir attraper mon vol de retour, et puis départ vers le Nord.

Sauf que je n’avais pas pensé à une seule chose : comment diable sortir d’une ville aussi gigantesque qu’Auckland en stop ? Mes deux sacs sur le dos, je commençais à desespérerquand une sympathique dame est venue vers moi et à tout fait pour me sortir de là, téléphonant à la compagnie des bus pour trouver quel bus à quel arrêt et à quel moment pouvait me sortir de là. C’est amusant de penser que sans elle, je serais sans doute encore en train de chercher un moyen pour sortir de là : les arrêts de bus et leurs destinations ne sont pas très explicites.

Puis, on the road again. C’est en très peu de temps que les gens s’arrêtent, et sont en général bien plus sympathiques par ici que dans le Sud… Ce n’est pas courant que je me fasse offrir une bière, en faisant du stop.

Première destination : Mangawhai. Ou Magical Mangawhai, comme le stipule le panneau sur la route. « Touristic crap », selon le gars qui m’avait pris en stop. On ne peut pas lui donner tort, je vois assez mal n’importe quelle ville de France se voir rajouter « Magique » ou « Incroyable » devant son nom.

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Tu veux quelques coquillages ?

Et puis, le début de l’hiver qui se fait sentir. Non pas le froid, on ne descend que rarement en-dessous de 20° même dans les mois les plus froids ici, mais la pluie fait son apparition. Une pluie que je qualifierais de Normande, un crachin ne s’arrêtant presque jamais, et faisant monter en flèche l’humidité de l’air.

Un jour, deux jours, puis trois, sans ne pouvoir faire grand chose. Bloqué par la pluie, dans un backpacker un poil trop calme.

Au quatrième matin, plus le choix : plus beaucoup de temps restant, trop de choses restant à voir. C’est avec un plaisir non caché que je m’enfuis de Mangawhai sous une bruine sans fin. Encore au Nord, plus au Nord. Whangarei, la « capitale », ou la plus grande ville de cette région. L’endroit où le plus de Maoris vivent, et aussi l’endroit où la pauvreté et la criminalité sont au plus haut. Mais tout est relatif, étant donné que la criminalité dans le reste de la Nouvelle-Zélande reste très, très basse.

Puis, de Whangarei, direction… Le Nord. Une vieille dame me prend en stop, puis, arrivé à un croisement, me dit : « Là où tu veux aller, c’est par ici, moi je vais de l’autre côté. Mais je te préviens, de mon côté c’est bien plus sympa, et je peux t’héberger ». Ah. Réflexion intense. Je comptais revenir par là, mais… Finalement… Ce sera peut-être plus simple. Et c’est après m’avoir offert un repas dans un café local que cette sympathique dame m’emporte vers la « baie » de Hokianga, et la petite ville d’Opononi. La meilleure ville de Nouvelle-Zélande, selon les locaux. Et dans un sens, ils n’ont pas tort : outre les vues magnifiques sur Hokianga, la région à un je-ne-sais-quoi d’incroyablement calme, relaxant. L’air est chaud sans être étouffant, le calme règne en maître. Un endroit où il fait bon rester sans se prendre la tête, où profiter de la vie est l’important, où tout le monde connait tout le monde… Un petit monde à part, loin de tout.

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Hokianga, une avancée de mer dans la terre.

C’est dans cette atmosphère que je passe une soirée agréable, ponctuée de quelques bières et d’un fish & chips, pour continuer à manger équilibré, et qu’au matin, cette vieille dame m’amène jusqu’au ferry de Rawene, traversant Hokianga avec pour but de ma journée Ahipara et la porte de la Ninety Miles Beach.

Semaine juteuse à Blenheim

« Quoi ? Encore ? Mais il avait pas dit qu’il ne voulait plus en entendre parler ?? »

En effet, j’avais dit ça, je l’avais pensé de toutes mes forces, toute mon âme sûrement, tellement l’expérience à Cromwell avait été décevante.

Mais quand l’argent vient à manquer, ça reste quand même une solution bien utile. Je parle bien sûr du fruit picking, des vendanges à Blenheim.

Dans ma retraite de Picton où, une fois de plus, j’appréciais le goût de cette petite ville simple et sans prétentions ni artifices, je faisais mes calculs. Et aucun ne collait, ou alors je risquais de me retrouver pendant une semaine à Singapour avec un peu moins de 200$. Ce qui n’aide pas.

Automne oblige, il est de notoriété nationale qu’en ce moment les vendanges battent leur plein autour de la ville de Blenheim.

M’étant décidé, je tends le pouce à la sortie de ma ville favorite, et trouve un ride vers Blenheim en 20 secondes. On dira ce qu’on voudra, mais cet endroit pour le stop est magnifique ! On traverse les montagnes marquant la fin des Marlborough Sound, et peu à peu des vignobles de toutes tailles tâchent le paysage, de plus en plus nombreux et de plus en plus grands. Bienvenue au pays du vin.

La ville de Blenheim reste quand à elle très « normale » : un centre ville truffé d’échoppes, entouré par quelques zones commerciales et résidentielles. Rien de vraiment marquant.

J’arrive à mon backpacker, The Grapevine, et prend de justesse le dernier lit en dortoir.

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Le dernier et le meilleur.

Puis, pensant au meilleur moyen de trouver un job, je m’installe sur mon lit, et commence à  regarder quelque film. Deux heures plus tard environ, je suis interrompu par la gérante de l’auberge, qui me demande si je cherchais pas un job. Je réponds que si, on me donne un contrat, que je remplis sans lire les petites lignes.

Je commence le lendemain. Allons bon, ça me rappelle quelque chose.

A 7 heures, un van vient me chercher, et nous allons sur notre premier lieu de travail. Sur une route de terre, deux ou trois vans et toute autant de voitures se suivent. On arrive près du vignoble, des deux autres vans descendent une quinzaine d’autres pickers s’avérant être de Vanuatu.

On nous briefe rapidement sur les raisins qu’il faut prendre ou pas, sur la façon de s’y prendre, et on est partis. Et rangement, je ne me sentais pas du tout comme à Cromwell, et ce sentiment s’est confirmé les jours suivants : j’étais tombé sur LA compagnie qui me convenait.

Ici, plus de supervisor qui nous crie qu’on est trop lents tout le temps, pas de recherche dans nos raisins pour nous faire voir qu’on ne fait pas le job assez bien. Pas d’épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Non.

Simplement, une ambiance plutôt détendue (il faut avouer que les gars de Vanuatu savent s’amuser en toutes circonstances), tout le monde travaillant à son rythme, la patronne s’attelant à la tâche elle aussi; le fait qu’au deuxième jour on me dise « n’essaie pas d’aller vite mais de faire les choses bien, chaque chose en son temps » m’a fait complètement changer d’avis sur le fruit picking.

Mais en fait, j’ai été chanceux. Après avoir parlé à quelques compagnons de backpacker, il est apparu que nombre d’entre eux étaient tombés sur des lieux assez similaires à « l’usine » qu’était la compagnie pour laquelle je travaillais à Cromwell. 12 heures de travail de nuit dans des conditions difficiles, ou 12 heures de picking avec des supervisors absolument exécrables sur le dos, te reprochant à chaque minute que tu ne vas pas assez vite et que tu ne fais pas assez attention à ce que tu coupes.

Je dirais que plus l’entreprise est petite, et plus elle a de chances d’être sympa : celle-là était composée d’une vingtaine de personnes, et avait vraiment une excellente atmosphère de travail. Mais si jamais une compagnie fait plus de 35 ou 40 personnes, alors il y a des chances pour passer de très, très mauvais moments.

Finalement, je ne regrette pas d’être repassé par la case fruit picking : en plus d’avoir remonté mes fonds, j’ai compris qu’il était possible d’exercer ce travail en Nouvelle-Zélande sans avoir l’impression de se faire exploiter. Même si j’ai eu de la chance et que ce genre de compagnie n’est pas ce qu’il y a de plus fréquent, ça permet quand même de relativiser. Et aussi de pouvoir travailler environ 13 heures dans une journée sans n’avoir pour seule pensée que « rentreeeeer, dormiiir… »…

La vie du backpacker

Soyons honnêtes. Entre les Catlins, et le Nord de l’île du Sud, seuls quelques points sont incontournables, et donc bourrés de sites touristiques en tous genres. Se comptent simplement Oamaru, capitale autoproclamée du Steampunk et du retour dans le passé à l’époque victorienne, les Moeraki boulders, sortes d’énormes boules de pétanque venues du fond des âges et laissées là sur une plage, le Mont Cook, point culminant de Nouvelle-Zélande, et son escalier de 1,800 marches environ; le Lac Tekapo, pour son lac bien évidemment, mais aussi ses incroyables nuits étoilées, et enfin les Hanmer Springs, offrant l’opportunité de payer 20$ pour aller se prélasser dans toutes sortes de piscines différentes.

Mais aujourd’hui, je ne me sens pas l’envie de parler de cette région, que j’ai passée presque aussi vite que je ne l’avais fait sur l’île du Nord.

Non, aujourd’hui, j’ai envie de partager l’expérience que d’être backpacker sur le pouce. Voici ma journée typique :

  • 9 heures : réveil par les passages incessants de mes voisins de dortoir. Embrumé, je regarde l’heure, menant à deux cas de figure :
    – Il est réellement 9 heures. Je profite des quelques rayons de soleil éclairant la chambre pour réfléchir quelques secondes à ma journée, à ma route, à mon but. Ce qui est difficile sans carte à portée de main.
    – Il est en fait 9.50. Les yeux grands ouverts, je saute du lit, m’habille en vitesse avec les habits de la veille, fait mes sacs en lançant tout dedans, sort de la pièce en priant pour que je puisse au moins griller du pain. (Oui, parce qu’une nuit dure jusqu’à 10 heures. Au delà, on est considérés comme intrus.)
  • Petit déjeuner composé de pain de mie, ou de baguette faite main; ou encore de restes de Free Food, et d’un café. Avec un simili-Nutella. Avalé plus ou moins vite selon l’heure à laquelle le réveil s’est fait.
  • Mes deux sacs sur le dos, j’avance sur la route, vers mon premier point de hitchhike, sous les regards étonnés de certains passants (« Mais c’est quoi ces deux sacs avec des jambes et un chapeau ?! »). Au passage, repérage des magasins à proximité, on ne sait jamais, il peut être midi qu’on n’a toujours pas été pris.
  • Le pouce levé, les dents au vent à en attraper des sandflies, je regarde les voitures passer. 15 minutes plus tard, des pensées commencent à s’envoler envers les conducteurs qui nous passent devant, plus ou moins sympathiques. Il faut avouer que certains cas sont assez… Spéciaux. Parfois, c’est justifié (voiture pleine à craquer, ou tournant à la voie suivante), et d’autres fois, c’est juste de la mauvaise foi (mec seul dans un 4×4, ou encore dame seule dans sa voiture, et détournant le regard dès qu’elle capte le mien).
  • Une voiture s’arrête enfin. « Where ya goin’ ? Ok, hop on ! You need some help ? You got too much stuff ’round here ! » Non, je n’emporte que le nécessaire. Les sacs plus ou moins bien agencés dans la voiture, ou la camionnette, ou le camion, ou le van, ou le camping-car, ou le bus, on est partis, et échangeons les questions de base :
    -What’s your name ?
    -Where are ya from ?
    -How long are you in New Zealand for ?
    -And how long are ya gonna stay ?
    -And you like it ?
    -What have you done/seen so far ?
    Et après ça, généralement, soit la personne est loquace et intéressée, et la discussion continue, ou bien ce ne sont plus que quelques questions entrecoupées de silence sur tout le trajet. Ce qui n’est ma foi pas bien génial.
  • Arrivée à un croisement. Manque de bol, je vais de l’autre côté. Remerciement chaleureux, puis déchargement de mes affaires.
    C’est à ce moment qu’en général je regarde de tous les côtés, et me dis « Mais jsuis où, là ?! ». La réponse est généralement « au milieu de nulle part ». On le trouve partout en dehors des villes, ce milieu de nulle part. C’est généralement une route très peu passagère (un véhicule toutes les cinq minutes), bordée de champs en tous genres. Au bout d’un certain temps, après avoir fait mes plans pour trouver un lieu où installer mon hamac si jamais je ne trouve pas de lift avant la nuit, je chantonne, sort mon harmonica, et m’amuse tout seul, sous l’œil intéressé des quelques bovins derrière.Le temps passe. Je diversifie mes activités : jonglage avec des cailloux, tissage de brins d’herbe, sculpture sur bois, j’en passe. Puis, le temps suivant son cours, j’essaie de trouver un endroit confortable pour me poser. Une fois la position idéale trouvée, c’est exactement à ce moment qu’une voiture passe et s’arrête.
  • Après avoir encore remercié plus que chaleureusement l’être tant attendu, et avoir encore échangé les questions de base, je suis reparti, cette fois vers mon but.
  • Arrivée dans la ville, la même cérémonie à lieu. Je sors alors mon guide BBH (un réseau d’auberge de jeunesse pour lesquelles j’ai une réduction), et regarde où se trouve l’auberge de jeunesse la plus intéressante. Mais il est 15 heures, et j’ai faim. Aspiré dans le premier Fish and Chips, j’étudie plus précisément la géographie de la ville, et change d’idée si le backpacker est trop sur les hauteurs.
  • 17 heures : j’arrive dans l’auberge de jeunesse, et paie directement. Un petit tour des lieu, et je m’affale sur le lit. Si il n’est pas superposé. Et si il n’y a personne déjà dessus.
  • Vers huit heures, passage à la cuisine, lieu Ô combien au summum du social. La cuisine de l’auberge de jeunesse est la réponse à « est-il possible de faire cohabiter 15 personnes affamées et pressées dans 2m² ? » Se croisant dans tous les sens, des regards partant en direction des plats de chacun, avec des « ça a l’air bon ! » partant dès que le plat s’avère plus sophistiqué que des nouilles. L’ustensile mystère est le centre de cette agitation, mais différent pour chacun. C’est un ustensile prisé et rare, que toute personne sera forcée de chercher. Une sorte de bizutage de première nuit. Pour certains ce sera la passoire, pour d’autres la cuillère en bois, d’autres encore chercheront une assiette (ceux qui font des nouilles), ce à quoi on répondra gentiment et avec un grand sourire : « en face de toi ! ».
  • Puis vient l’heure de l’après repas. Pour certains ce sera lecture bien tranquille dans le lit, d’autres prépareront leurs plans pour les jours suivants (je préfère faire ça dans les dix minutes suivant mon réveil…), d’autres voudront absolument sortir en emmenant le plus de monde avec eux, certains passeront leur soirée à surfer sur internet ou jouer sur leur PC, et enfin les derniers, et ceux que je préfère, improviseront des jeux de carte avec des jeux composés de cartes provenant d’une dizaine de paquets différents.
  • Et enfin, lorsque l’heure vient, le sommeil. Plus le dortoir et grand, et plus on a la peur au ventre. Un seul ronfleur, et notre nuit est perdue. Toujours je me demanderais pourquoi ils viennent dormir dans un dortoir si ils savent qu’ils vont em…pêcher tout le monde dormir.
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Ne pas s’endormir, voilà la clé.

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« C’est bien là, le milieu de nulle part ? »

La Surat Bay et les Catlins

Peut-être le saviez vous, peut-être non, mais avant d’aller visiter l’île Stewart, en attendant mes lunettes, j’avais, grâce (en partie) à Cédric, pris mes quartiers pour deux nuits dans le meilleur backpacker du monde, ou plus simplement le Surat Bay lodge, situé près de la baie éponyme, et de sa vie marine fourmillante.

Puis, il n’était pas une semaine passée que le lieu me manquait déjà.

Pourquoi ? La magie de ses paysages, la sympathie des managers, la faune, si impressionnante, et pourtant si fragile…

Une longue route de graviers nous mène de la petite ville d’Owaka, suivant rivières et forêts, jusqu’à une sorte de petit village planté à l’entrée d’une baie, si loin de tout qu’il en semblerait presque irréel.

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Un micro-ondes comme boîte aux lettre…

Puis on arrive sur place. Accueil plus que chaleureux. Rien d’incroyable, rien de vraiment différent des autres auberges de jeunesse. Sauf une impression, quelque chose de plus profond que l’aspect de l’hostel lui-même. Une sorte de magie planant autour des lieux.

Au pied de la plage, l’exploration est donc la première étape, presque obligatoire. Une plage de sable très fin, jouant avec le vent. On avance, deux, trois, cinq minutes; avant qu’en face de nous, l’océan daigne enfin se montrer, encerclé par des collines aux falaises découpées de manière dramatique par le ressac violent et incessant des déferlantes. Et, pour compléter ce tableau magnifique, se prélassent sur la plage une colonie de lions de mer, paresseux et impressionnants animaux.

Ne pas s'approcher.

Ne pas s’approcher.

Les mâles atteignent 600kg...

Les mâles atteignent 600kg…

Et là, le décor est planté, la magie opère. On reste là, assis dans le sable, à regarder ces incroyables animaux se prélasser, ces vagues s’échouer avec fracas sur la plage, se briser sur les rocs avec une violence implacable, disparaissant en un nuage d’embruns, tandis que, porté par le vent, le sable court le long de la plage. On reste là, assis des heures durant, sans même penser, jusqu’à voir des touristes qui n’ont pas compris que la beauté du lieu réside dans le fait qu’il soit sauvage; et vont jusqu’à se mettre en danger pour avoir des meilleurs clichés des mammifères occupant la plage. Mais la magie de la Surat Bay a opéré, et voir ce genre de comportement devient alors complètement insupportable. Basculer du rêve à la réalité.

Même si la Surat Bay restera mon endroit de cœur et d’esprit, les Catlins ne se limitent pas à cette dernière. Cette région, faisant la côte de Dunedin à Invercargill, à ça de spécial qu’elle est sans doute une des dernières régions de Nouvelle-Zélande à ne pas avoir été investie par le tourisme de masse. La route principale évite cette région, pour le plus grand bien de la faune et de la flore locale. C’est un enchaînement de collines, finissant dans la mer en impressionnantes sculptures rocheuses ou en interminables langues de sable, entrecoupées de magnifiques chutes d’eau au beau milieu d’une forêt plus dense encore que celle de la West Coast.

Si petites et portant si grandes...

Si petites et portant si grandes…

Un paradis pour surfeur.

Un paradis pour surfeur.

Des vues uniques et magnifiques...

Des vues uniques et magnifiques…

Peu d’attraction, mais presque toutes gratuites; sans aucune action de l’homme pour les embellir, seul un chemin y conduisant. C’est exactement ce que je m’attendais à voir en Nouvelle-Zélande.

De plus, il ne faut pas le perdre de vue, la galerie du « Lost Gypsy », un homme aux airs un peu fous, qui, installé dans une sorte de bus, crée, à longueur de journée, des objets étonnants, incompréhensibles parfois; mais toujours inutiles. Un esprit totalement libre, dont les créations sont capables de faire retomber en enfance le plus bougon des aînés.Qu’il réussisse à vivre de cela reste la plus incroyable des choses autour de cette galerie.

Pas de fouillis, bazar; juste un désordre ordonné.

Pas de fouillis, bazar; juste un désordre ordonné.

Je veux quand même remercier Cédric, pour m’avoir conforté dans mon choix de la Surat, sans qui je n’aurais peut-être pas pu voir le lieu et l’incroyable magie qui s’en dégageait; et aussi Sylvianne, Christian et Valérie pour leur accueil, leurs conseils, et le fait d’avoir fait de ce lieu ce qu’il est maintenant : un paradis perdu, tout simplement.

L’île Stewart et le Rakiura Track

Pendant une semaine, j’ai erré de lieu en lieu, attendant impatiemment l’arrivée d’une nouvelle paire de lunettes, évènement m’ayant hélas empêché de participer avec un ami (le coureur Allemand, pour ceux qui suivent !) à une marche de 5 jours dans la sauvage île Stewart.

Et puis, elles sont arrivées. Et l’espoir, l’envie de bouger avec elles. Parce que des lunettes noires sur le nez du matin au soir, c’est pas vraiment fait pour arranger le moral.

L’île Stewart était, pour moi, une destination incontournable, quelque chose d’inratable, de génial; une île dont le cœur aurait su conserver une image de la Nouvelle-Zélande telle qu’elle était avant même l’arrivée des chasseurs Maoris.

Et je n’étais pas complètement en tort.

Pour commencer, accéder à l’île se fait par deux moyens : l’avion, ou le ferry. En gros, vous avez le choix entre une traversée plutôt longue inconfortable à une des pires latitudes de l’hémisphère Sud, ou une autre courte mais confortable et offrant des vues imprenables sur la région. Eh bien, aussi étrange que cela puisse paraître, la première solution, qu’on pourrait penser hors de prix, est finalement moins chère que la plus inconfortable. J’ai demandé à pas mal de monde pourquoi c’était ainsi, personne n’a su me donner la raison. Logique.

Bref, parti à 8 heures de mon auberge tranquille d’Invercargill, je marche pendant une heure vers l’aéroport, où j’apprends d’ailleurs le poids du sac avec lequel je vais devoir marcher (17kg, je crois que j’ai pris un peu de superflu.), et direction l’avion, une sorte de petit coucou de tourisme, assez grand pour y placer 8 personnes, pilote compris.

Vol rapide, sans encombres et vues imprenables sur la région baignée par le soleil matinal. Puis atterrissage à Oban, la « capitale » de l’île. Rien de prévu, et même pas une simple idée de par où je dois commencer. Bon… Je m’arrête dans une « French-kiwi Crêpery », commande quelque magnifique crêpe banane/chocolat, et repart en direction du DOC pour réserver mes huttes. Moins chères que sur la Routeburn, bien heureusement.

Et c’est parti pour une longue marche le long de la route, jusqu’au début de la Rakiura Track. Des petites baies bordent la route, présentant étrangement un aspect proche de l’Abel-Tasman. Ce qui n’est pas pour me décevoir. Partout, des fleurs, des arbres, des oiseaux multicolores nous entourent, et nous submergent presque. Se détacher de la route me semble alors impossible. Jamais de ma vie je n’ai vu plus luxuriante et dense forêt, nous étouffant presque de ses lianes oscillant doucement dans le vent.

Puis, une plus grande baie. Quelques habitations isolées, à quelques mètres d’une plage, bordent le chemin. Un endroit certes paradisiaque mais incroyablement isolé. Les habitants doivent avoir bien du courage… La route continue. Du macadam on passe au gravier, et du gravier à la terre. Un bus touristique me passe à côté, soulevant derrière lui un nuage de poussière. Je ne pensais pas en revoir ici… Puis, dans la forêt, une trouée apparaît, s’agrandit, s’éclaircit. Et la route, qui m’aura coûté deux barres de céréale, et un quart de ma gourde, arrive à une fin. Et l’autre, qui devra me coûter 3 jours, commence alors.

Pas le temps de m’arrêter, j’enchaîne, et entame ma route directement. La « chaîne » me salue alors, étonnant monument perdu au milieu de la forêt.

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Sans cadenas que serait une chaîne ?

Puis je marche. Dans tous les sens, des arbres une végétation telle que rarement je n’en ai vue, du vert à perte de vue, sauf dans de rares trouées dirigées vers la mer, où un paysage mélangeant Queen Charlotte et Abel Tasman se dessine et disparaît d’un coup.

Des bruits, venant des environs, m’entourent, m’encerclent, me plongent dans le mystère. Et parfois, au détour d’un regard, un petit oiseau s’approche, un fantail curieux ou quelque autre oiseau qui ne connaît la notion même de prédateur. Puis, un bruit de craquement plus fort que les autres, en une fraction de seconde je me retourne, scrute la végétation et aperçoit de grandes oreilles poilues, puis une tête de… de biche, oui, dont les yeux vifs me regardaient avec frayeur. Un mouvement pour prendre mon appareil photo, et déjà elle disparaissait en sautillant dans les bois. En effet, cette espèce à été introduite sur l’île un peu par erreur, et la chasse n’en est pas restreinte.

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Qui de nous deux détachera son regard le premier ?

Les trouées s’amenuisent, puis disparaissent. Les sons m’entourant deviennent confondus, comme un bruissement qu’on finit par ne plus écouter. Les arbres se redessinent encore et encore, le chemin monte, descend, remonte encore. De plus en plus un sentiment auquel je ne m’attendais pas dans un endroit comme ça s’insinue en moi. Et une éclaircie apparaît enfin dans la forêt sans fin.

Ma première hutte se dresse devant moi, au milieu des bois, et proche d’une plage. Accueilli par un couple de rangers vivant ici, je me trouve un lit, grignote un peu de mon pain, et vais voir les environs. Dans les arbres s’amusent des pigeons locaux, grignotant les quelques baies sèches s’y trouvant; et sur la plage d’étonnantes paillettes de mica ressassées par les vagues venant s’échouer, ressortant perles dorées sur le sable sombre.

Le lendemain, retour sur le chemin pour 5 ou 6 heures de marche, presque uniquement dans la forêt cette fois. Et encore, doucement, je m’avance pendant les premières heures, regardant la provenance de chaque bruit, sous l’œil de ces grands perroquets verts nommés parakeet, et de ces petits fantails vraiment curieux. Puis, peu à peu, les bruits se rassemblent en un seul, puis disparaissent entièrement, de même que ma notion du temps. Je marche depuis des heures, je n’ai rien vu d’intéressant. Ce sentiment d’hier revient. L’ennui, voilà. Moi qui avait fait la Routeburn Track quelques temps plus tôt, cette walk s’est finalement avérée… Ennuyeuse. Et plus on s’ennuie, plus on pense, moins on a conscience de ce qui nous entoure, et finalement, on se retrouve à marcher au milieu de pensées, les yeux fixés sur nos pieds, se demandant quand enfin ça s’arrêtera.

Au détour d’un pont, je croise enfin de la vie sur cette section : un homme, visiblement pressé, court vers la hut où j’ai passée ma nuit d’avant. Il s’était apparemment trompé de chemin, et avait fait 3 heures de marche sur une section bien plus difficile juste avant. Courageux, le type. Il m’indique au passage que je suis à environ 45 minutes de ma seconde hut.

45 minutes ! J’accélère le pas, autant que je le peux avec mon sac bien trop chargé sur le dos. Puis, enfin, après quelques temps, une cabane de bois se dessine. Je cours vers l’abri merveilleux, me couche sur un matelas et repose mes pieds. Et décide encore d’explorer les environ. Plus un oiseau, plus de plage. Plus de ranger non plus. Je sors un bouquin de mon sac et commence à lire au soleil (il m’aura au moins servi lui !), et est dérangé plus tard par un homme qui avait ramassé des moules sur la plage en contrebas et en offrait à tout le monde. Un délice que ces moules sauvages ! Les fruits de mer m’ayant ouvert l’appétit, je sors de mon sac quelques paquets de noodles, et la soirée se déroule ainsi, dans la bonne ambiance de la hut.

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Rien de plus efficace que le bon vieux réchaud militaire !

Puis, avant d’aller dormir, je rejoins les toilettes situées à une vingtaine de mètres de la maison principale. En sortant, un petit bruit de craquement dans la forêt attire mon attention. Je rester planté là, à écouter le bruit, attentivement, cinq, dix minutes, jusqu’à ce que je braque ma torche dans un chemin, et y voie le tant recherché kiwi ! Je le regarde, il me regarde, cinq secondes, et s’enfuit dans la forêt. Étonnante bestiole que ce kiwi. Haut d’environ soixante-dix centimètres, c’est une boule de plumes avec deux pattes en dessous et une petite tête et un long bec au dessus. Les bruits disparaissant, je rentre dans la hut me coucher, le cœur léger (je voulais le voir lui !), sans oublier de me vanter auprès de deux ou trois personnes à l’air dépité.

Le jour d’après, rien ne sert de le raconter : en effet, je n’ai pas vu un seul oiseau (même en cherchant bien), et c’était encore une marche perdue en forêt. Une déception cette fois encore.

Puis, retrouvailles avec Oban, la crêpery, et ses chiens. Déçu par la Rakiura Track, je décide de reprendre un avion vers Invercargill le soir même, sans vraiment explorer l’île plus en profondeur.

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Et on ose se plaindre de la place pour les pieds dans les Airbus…

Toute déception a sûrement une explication : à l’auberge, j’ai revu un homme que j’avais croisé sur le chemin, et qui avait fait un plus long chemin que moi, allant jusqu’à la Mason Bay, de l’autre côté de l’île. Et là, les paysages étaient vraiment magnifiques et colorés, plus divers, et les oiseaux plus présents (moins de marcheurs oblige). Je ne regrette cependant pas d’y être allé, sur cette île, rien que pour le kiwi, et l’atmosphère générale de la ville d’Oban, très tranquille et vraiment sympathique.